mercredi 29 avril 2009

L'industrie cosmétique face aux enjeux de la biodiversité


Photo crédit - Dominique Silberstein pour l'UEBT
Le 24 avril s'est déroulé, à Munich, la première conférence internationale autour du Thème "The Beauty of Sourcing with Respect", organisée par l'UEBT (Union for Ethical BioTrade).

Cette conférence internationale a réuni, pour la première fois, autour des enjeux de la Biodiversité, des entreprises du secteur cosmétique, des représentants de grandes organisations (UNCTAD, IUCN, CBD,…) et des ONGs.
Les grands thèmes abordés lors de cette journée étaient les enjeux majeurs de la biodiversité pour l’industrie Cosmétique, l’approvisionnement éthique des ingrédients naturels, et les négociations concernant l’accès et le partage des avantages lié à l’accès aux ressources.

Pourquoi est-ce important? Parce que l'industrie cosmétique et parfums va puiser ses ingrédients (et ses histoires), dans la nature et plus particulièrement dans la biodiversité. La biodiversité, c'est la diversité de la faune et la flore qui font les richesses de nos éco-systèmes et elle est menacée par l'homme. Aujourd'hui, celle-ci "s'éteint 100 fois plus rapidement que son rythme naturel" ( Ravi Sharma, CBD). L'année 2010 a été proclamée l'année de la biodiversité, et ces enjeux seront en première ligne des débats. Ceci concerne non seulement le respect de la biodiversité, mais également le respect des hommes (savoir faire traditionnel, partage, conditions) et le respect des pays dont sont issus la biodiversité (respect de l'accès).

Des impacts clés pour le "sourcing" d'ingrédients issus de la biodiversité, le respect de l'approvisionnement et du commerce ethique de la biodiversité (Ethical bioTrade).

Pourquoi réunir l'industrie et les organisations? Aujourd'hui, les grandes organisations faisant partie du système des Nations Unies (UNCTAD, IUCN, ..), sont convaicues qu'en collaborant avec le secteur privé, ils accélèrent la prise de conscience de ses enjeux et facilitent le travail des ONGs présentent sur le terrain. Une collaboration gagnante également pour les entreprises du secteur privé : "If open to engaging in partnerships with the industry, NGOs will witness the power businesses have in influencing their peers and generating changes" (Juan-Marco Alvarez - IUCN).

Que pense le consommateur de la biodiversité? l'UEBT à mandaté IPSOS pour une étude auprès de 4000 personnes en France, US, UK et Allemagne.
Plus d’une personne sur deux aujourd’hui (56%) déclare avoir entendu parler de la biodiversité, et parmi elles, près d’un tiers en donne une définition correcte. Pourquoi un tel décalage ? Sans doute parce que dans biodiversité, il y a « bio» : d’où certaines confusions avec l’alimentation biologique (notamment en France), mais surtout avec le développement durable, notion certes liée à la biodiversité, mais plus large que celle-ci.

Certaines dimensions sont aujourd’hui bien connues du grand public : c’est le cas du commerce équitable (92% déclarent en avoir entendu parler), du développement durable (77%) ou respect et de la protection des savoirs-faire traditionnels des pays en voie de développement (74%) . Des notions comme la conservation de la biodiversité ou l’approvisionnement éthique de la biodiversité affichent des scores inférieurs de connaissance.
Toutefois, les acheteurs de cosmétiques et de produits de beauté faits à base d’ingrédients naturels déclarent plus que la moyenne connaître ces notions : acheter « vert », c’est en fait certainement avoir une sensibilité plus globale aux questions environnementales.


Le secteur cosmétique a aujourd’hui une image un peu brouillée auprès des consommateurs, puisque la moitié d’entre eux seulement lui fait confiance, et que moins d’un tiers estime que cette industrie agit éthiquement lorsqu’il s’agit de s’approvisionner en ingrédients naturels. Mais le consommateur est avant tout en quête d'information puisque 85% d’entre eux voudraient en savoir plus sur les méthodes d’approvisionnement en ingrédients naturels du secteur cosmétique.

Et la sanction potentielle pour les contrevenants : une large majorité serait en effet prête à ne plus acheter de produits d’une entreprise de cosmétiques qui ne s’impliquerait pas concrètement dans l’approvisionnement éthique de la biodiversité.

En un mot, cette tendance est émergente dans l'esprit des consommateurs et il sera impératif pour les marques de se positionner face à ses enjeux dans le futur.

Que fait l'industrie? Comment communique-t-elle? L'UEBT a intégré dans son baromètre, en plus de l'anayse consommateur, l'analyse du discours des entreprises cosmétiques et une analyse des articles sur le sujet.

Le baromètre de l’UEBT, révèle également que parmi les 100 plus grandes sociétés cosmétiques mondiales, seulement 44 mentionnent la biodiversité dans leurs rapports ou leur site, et 9 parlent de leurs pratiques concernant l’approvisionnement éthique de la biodiversité.
La conférence a été l'occasion pour des acteurs de l'industrie de s'exprimer sur leur politiques. Ainsi, l'Oréal, Natura, ou Silab (fournisseur d'ingrédients) ont présenté leurs politiques et engagements face au respect du sourcing de la biodiversité et partagé leurs expérience avec les participants.
Et la Presse? Le Baromètre Presse, réalisé sur l'ensemble de l'année 2008 avec TNS sur la presse en France, US, UK et Allemagne, révèle que 22 000 articles ont été écrit sur la biodiversité en général, mais avec seulement 33 articles concernent la biodiversité et l’industrie cosmétique. Une presse qui relaye encore peu ces enjeux.
La biodiversité - des enjeux pour le futur:
Aujourd’hui, la biodiversité est une notion de plus en plus connue par le consommateur mais cela pourrait évoluer. L’exemple du développement durable, une notion longtemps méconnue du grand public, montre que le travail de communication porte ses fruits à long terme.

Le secteur cosmétique, qui met en avant l’argument naturel, doit donner des preuves de son approvisionnement éthique de la biodiversité, pour combler les attentes et informer dans le cadre de cette tendance émergentes. A l'aube de l'année 2010 sur la biodiversité, c'est à l'industrie de s'organiser et les grandes organisations sont là pour les accompagner. A suivre, puisque le baromètre sera annuel... rendez-vous l'année prochaine...


*UEBT (Union For Ethical BioTrade) est une association internationale dont le but est d’encourager et guider les sociétés dans l’approvisionnement éthique de la biodiversité (“Sourcing with Respect”).
Les membres de l’association s’engagent à mettre en place des solutions pour s’assurer, graduellement, que leurs pratiques d’approvisionnement améliorent la préservation de la biodiversité, respectent les savoir-faire traditionnels et assurent le partageéquitable des avantages et bénéfices tout au long de la chaîne d’approvisionnement

Les perspectives du luxe en 2009

Source: istock photo




Le secteur du luxe devra faire face à une décroissance de 15% à 20% d'après la nouvelle étude de Bain & Company, qui estime que le marché devrait se stabiliser au second semestre, pour terminer sur une baisse de 10% sur l'ensemble de l'année.




L'industrie cosmétique devrait elle rester stable, ainsi que celle du parfum pour un chiffre total de 22.4 milliard d'euros et 18.4 milliard d'euros respectivement.




D'après Bain, le consommateur modifierait son comportement vers des achats de produits plus accessibles mais resterait fidèle aux marques "top of mind".




"One of the biggest changes we've seen in consumers is that 'price' and 'luxury' are no longer synonymous," prédit Bain ("pour le consommateur, le prix et le luxe ne sont plus synonymes").




Parmi les changements de comportement du consommateur de luxe, 5 changements sont mis en avant par l'étude:



Reaching lower. Le consommateur se tourne vers les articles les plus accessibles de ses marques de luxe.
Seeking intrinsic value. Il recherche des qualités intrinsèques dans les articles achetés: la qualité, la durabilité, plutôt que des qualités futiles de type "mode"
Buying the experience. L'expérience est plus que jamais la clé, pour ce consommateur "aspirationnel" en quête de rêve et de service.
Spending discreetly. La tendance est vers le discret, et l'ostentatoire est "out.
Fleeing to value. Ils sont prêt à attendre la prériode de discount pour leurs achats.


On assiste à une modification de la relation du consommateur-luxe. Plus intelligent (grâce aux nouvelles technologies), plus sensible (et à la recherche de valeurs éthiques et respectueuses), à la recherche de qualité (et non plus de quantité), et plus hédoniste (à la recherche de sensations).




Le luxe doit dépasser l'objet de luxe et devenir un luxe "expérientiel", où le service doit plus que jamais être présent, c'est l'"achat de l'acte d'achat"* qui devient essentiel, et c'est aux marques de l'offrir.


Le doit intégrer d'avantage les nouvelles valeurs qui animent le nouveau consommateur : devenir plus respectueux et plus généreux, pour s'inscrire dans la mouvance éthique qui anime les consommateurs ébranlés par la crise et les inégalités (mais sans tomber dans le greenwashing).


Puis surtout, les consommateurs se tourneront vers les marques les plus créatives, portant des qualités intrinsèques perceptibles et capables de répondre au besoin d'étonnement, tout en capitalisant sur leurs valeurs d'authenticité, et d'histoire.




En un mot, l'avenir sera dans l'innovation, c'est aux marques de nous raconter de nouvelles histoires et de nous toucher,... tout simplement.






voir le communiqué de Bain & Company: ici


* citation : Marie-Claude Sicard - Adetem Luxe